Si elle s’appuie souvent sur la réalité, la photographie sait aussi la transformer sans pour autant avoir recours à la retouche et aux outils numériques. Il suffit de choisir le bon angle de vue, le bon moment et la bonne lumière. Avec cette série réalisée de nuit, Christophe Dugied nous rappelle – et ce n’est peut-être pas vain aujourd’hui - que photographier, c’est avant tout écrire avec la lumière…




Cette affirmation, Christophe Dugied la vérifie un peu par hasard, après avoir photographié une rue un soir à Lisbonne en 1987. De cet “accident photographique”, comme il le nomme lui-même, naît cette série aussi poétiquement qu’explicitement nommée Le somnambule, qu’il n’initie que cinq ans plus tard.

De la lumière… Il n’en faut pas plus à Christophe Dugied pour rendre extraordinaire ces lieux banals que sont les ports, les entrepôts industriels ou encore certaines usines livrées à elles-mêmes la nuit, avec pour unique preuve de leur activité le jour, un éclairage brutal. Que deviennent ces espaces lorsque les ouvriers ont disparu et que le bruit des machines n’habite plus l’espace ? Ce contraste entre l’effervescence de la journée et la tranquillité de la nuit, entre le plein et le vide, le tumulte et le silence, ainsi que la symbolique de ces lieux représentant en quelque sorte le point névralgique de notre société, fascine Christophe Dugied. “La nuit, et par opposition la lumière, sert mon propos dans la mesure où ces photographies ne seraient pas réalisables de jour avec un éclairage naturel”, explique le photographe. De même, le travail de mise en scène se limite à la composition des formes qu’il a devant les yeux au moment de la prise de vue, à l’organisation des plans et au choix des angles de vue. Au final, Christophe Dugied obtient une image qui n’est plus tout à fait ce que ses yeux ont vu mais une construction rigoureuse de lignes verticales et horizontales, d’ombres, de reflets et de taches de couleur révélés par la lumière.

Le transfert de la réalité à la fiction et de la vérité à la duperie s’opère naturellement, entretenant, un temps au moins pour l’œil du spectateur, le mystère et la confusion. C’est là toute la magie, ou le mensonge, du photographe lorsqu’il parvient, comme c’est le cas dans cette série, à se réapproprier les lieux grâce à la lumière, pour mieux les sublimer et transporter le spectateur dans un ailleurs visible uniquement grâce à la photographie. N’est-ce pas la lumière qui contribue à façonner l’espace des scènes de théâtre, à leur offrir une vie, certes artificielle mais indispensable, le temps des représentations ? Alors, lieux abandonnés ou décors de théâtre déserts ?

Sophie Bernard, Images magazine

BIOGRAPHIE:


Photographe de profession, il a élaboré une œuvre personnelle consacrée pour l’essentiel à l’exploration des villes et de leur nuit. Architecture et territoire, le voyage et ses transitions sont des thèmes de ce travail que Christophe Dugied a, pendant longtemps, peu montré au public. Il a toutefois été présélectionné à deux reprises lors du concours international de la Fondation HSBC (CCF) pour la photographie et ses  œuvres sont présentes dans plusieurs collections d’Espagne, de France et des Etats-Unis.



Expositions personnelles


2008Ilan Engel Gallery – Art 77, Paris

Noctilux, galerie Ventilo, Paris.

Maison du Loir-et-Cher (Conseil général du Loir-et-Cher), Blois.


2007F.A.D. (Foment de les Arts Decoratives), Barcelone.

Galerie Marine Archang, Paris.

Espace Saguez & Partners, Saint-Ouen.


2006 Espace Philippe Model, Paris.

Espace Ariadna Bufi, Barcelone.


2005Extérieur Nuit, espace Jorg Brockmann, Genève.


2004Le somnambule, galerie Picto Montparnasse, Paris.



Expositions collectives


20071ère Biennale des Agents Associés, Les Arts Décoratifs – Musée de la Publicité, Paris.


20063e biennale Photofolies en Touraine, Musée Honoré de Balzac, Saché (Indre-et-Loire).


2005 Galerie municipale de l’Escale, Levallois-Perret (Hauts-de-Seine)

(achat d’une œuvre pour les collections de la ville de Levallois)



Principaux articles et comptes-rendus


Côté Ouest (juin-juillet 2008) ; Exporama (juin 2008) ; Le Monde 2 (n°57, mars 2005) ; Images Magazine (nov. 2004 - portfolio) ; Le Figaro (nov. 2004).

CHRISTOPHE DUGIED


SÉRÉNITÉ URBAINE